Archive pour la catégorie ‘Fiction’

Rêveuse princesse

Les années passent et elle rêve toujours d’une vie différente, d’une vie de princesse et de contes de fées, de châteaux et de prince charmant.

Quand elle se lève le matin, le miroir de la salle de bain lui offre un visage qui a gardé sa fraîcheur au fil des jours malgré les rides, des yeux toujours avides de découvertes malgré les vicissitudes de la vie, un corps qu’elle ne cesse de vouloir garder aussi agréable à vivre que possible.

Sous la douche, elle imagine …

Une magnifique allée de graviers, bordée de platanes. Elle est assise à côté de son aimé. Sa main gauche est posée sur sa cuisse droite comme toujours. Il  a tourné la tête pour capter son regard quand la voiture a franchi la grille d’entrée, voire cette étincelle de bonheur surpris de vivre un rêve tout éveillée.

Une immense bâtisse dont l’architecture peut lui donner le nom de château est posée devant une cour circulaire dont la fontaine centrale guide les véhicules vers un parking un peu à l’écart afin que les lieux restent calmes et sereins.

Des marches de pierre reçoivent ses hauts talons qui claquent légèrement à chaque mouvement de hanche. Il la suit, juste un peu en retrait, pour admirer le galbe de sa jambe dévoilé par une jupe en cuir à la longueur habilement choisie. Cette féminité omniprésente chez elle, le fait frémir.

Un hall aux dimensions impressionnantes les accueille. Il s’avance et s’occupe des différentes formalités, pendant ce temps, elle se laisse imprégner par les lieux, admire les fauteuils de différents styles, disséminés ça et là, pour permettre de se reposer, de lire, d’attendre, de discuter sans être gêner par les autres. De très beaux bouquets de fleurs, artistiquement disposés dans des vases d’un autre siècle, d’un autre continent, servent de séparation et apportent un doux mélange de senteurs. Un décor de cinéma, un décor de rêve ….

Les tapis aux motifs géométriques étouffent leur pas tandis qu’ils gagnent leur chambre par un bel escalier de marbre de Carrare et quand la porte s’ouvre sur une symphonie de bleus mettant en valeur un immense lit à baldaquin, une porte-fenêtre donnant sur une terrasse et des jardins fleuris, son cœur se met à battre de plus en plus vite.

Elle attend statufiée qu’il ait refermé la porte. Elle le devine plus qu’elle ne l’entend. Il s’approche d’elle et elle se laisse aller dans ses bras, son dos contre son buste. Elle frissonne sous les baisers qu’il dépose doucement dans son cou.

-Alors, ma chérie, ma surprise te convient-elle ?

Rêve printanier

Belle journée de printemps qui s’éveille doucement. Dans mon lit, je m’étire. D’abord les bras, en tournant les poignets, puis mes jambes l’une après l’autre que je finis par écarter légèrement. Je suis en travers du matelas, mon pied gauche se retrouve dans le vide, je le rentre prestement sous les draps. Enfin mes mains passent dans mes cheveux et les ébouriffent plus qu’elles ne les mettent en ordre. Ils sont aussi sauvages et indisciplinés que la personne à qui ils appartiennent. Je souris, toute seule, dans mon grand lit. Je me sens bien.

Je n’ai pas encore ouvert les yeux. Je suis encore dans mon dernier rêve. Aucune envie de le quitter. Je m’y baigne encore et encore.

Une prairie au milieu de partout (pourquoi dit-on toujours de nulle part ?), l’herbe est d’un vert tendre reposant, quelques coquelicots çà et là parsèment mon champ de vision de quelques touches de rouge orangé.

Nous sommes assis au pied de cet arbre qui est devenu le nôtre au fil des jours, des mois, des années. Ta tête repose sur mes genoux, mes doigts dans ta chevelure châtain, coupée court, ne se lassent pas de sa douceur. Tes yeux mi-clos laissent voir un éclat de bonheur qui réchauffe mon cœur.

Tes mains croisées sur ta poitrine tiennent la mienne avant qu’elle ne s’aventure entre les boutons de ta chemise. J’aime tant toucher ta peau, simplement la frôler puis me poser pour une caresse du plaisir du moment. Tu le sais et tu ne m’en empêches que pour mieux apprécier cet instant où tu t’offriras.

Tes jambes musclées sont habillées d’un jean légèrement délavé dont la longueur cache tes chaussettes. Je sais lesquelles tu as mise, car je t’ai observé t’habiller comme tous les jours. Je sais que cela te gêne toujours un peu, mais je ne peux m’en empêcher. Je me demande à chaque fois comment je peux avoir cette chance que tu partages ma vie.
Tes pieds chaussés sportivement sont croisés. Je remarque la boucle de ton lacet droit qui est un peu plus tirée que l’autre, le laçage, un peu sali par nos promenades quotidiennes dans cette campagne où nous avons décidé de nous exiler quelques temps pour nous ressourcer après toutes ces années de labeur pendant lesquelles nous n’avons jamais pris le temps de vivre notre couple.

Je laisse ma tête aller en arrière et s’appuyer sur le tronc. Je respire à plein poumon l’air tiède de cette belle après-midi. Je ferme les yeux. Je savoure chaque seconde qui nous uni comme un cadeau que je n’aurais jamais cru vivre un jour. Que serait l’amour sans la passion ? Sans cette folie qui nous enflamme, nous enfièvre, nous emmène dans un monde que nous seuls partageons.

Une musique vient charmer mes oreilles et me ramène lentement à la réalité. Il est temps de se lever, une nouvelle journée commence.

Ce rêve, un jour, je le vivrais avec toi !

L’échiquier de la justice

échiquier de la justice

Des blancs et des noirs. Des pions, des fous, des cavaliers, des tours et puis surtout un roi et une reine, disposés sur soixante quatre cases, pour se déplacer, avancer, reculer, jouer, gagner ou perdre.

Le tout selon des règles immuables qui, pourtant, évoluent au fil des heures, des jours, des années, car elles ont été écrites pour l’Homme, suivies par les hommes et affectent la vie quotidienne de tout un chacun, dès lors que sur cet échiquier, il pose le pied.

Regardez les pions tout de noir vêtus, avec leur petit col blanc. Ils sont alignés face à elle, la Reine Blanche, la Justice, secondée par le Roi Blanc, la loi écrite, par les tours blanches, la jurisprudence, et par ses fous qui officient en cassation.

Ils avancent chacun leur tour en ligne droite, espérant réussir un jour à l’égaler, mais sur leur route nombres d’obstacles les feront chuter avant la ligne d’arrivée. Néanmoins rien ne saurait les arrêter dès que la partie est commencée car ils sont en première ligne !
Juste derrière eux, deux cavaliers de la maréchaussée traquent, sans relâche, les hors la loi et apportent dans l’arène les justiciables.

Contournant, par une démarche de tango, les difficultés pour atteindre leur but. Ils les remettent à leurs homonymes en blanc pour qu’ils purgent la peine infligée après que la balance ait trouvé son équilibre.

La reine noire sous la tutelle du roi veille pour que la loi du talion ne soit pas appliquée et que les libertés individuelles ne soient pas bafouées.

Ses certitudes peuvent être remises en cause par les preuves apportées au cours des débats et innocenter un prévenu. Elle se déplace alors de case en case car « la plume est serve mais la parole est libre » afin de n’être que mise en échec mais pas mat.

Aux coins, les tours diligentées instruisent, écoutent les protagonistes, signent des commissions rogatoires pour que toutes les pièces soient réunies.

Elles chargent ou déchargent, toujours en ligne droite pour que la vérité se manifeste, avant de s’avancer vers la Reine Blanche pour lui demander d’apporter son jugement.

Au milieu de tous, deux fous noirs, pleins de fougue, sont attirés par la Reine Blanche. Elle exerce sur eux un attrait auquel ils ne savent résister. Ils esquivent en diagonale, avancent d’une case, s’enhardissent, puis finissent par foncer dès qu’une brèche se profile dans les lignes blanches.

Ils se distinguent de leurs confrères, pions noirs plaidant sans âme, pion blanc commis d’office, par leur capacité à prendre à cœur chaque affaire, à la vivre intensément. La Reine Blanche est leur maîtresse.

Elle est un défi, qu’ils ne cessent de relever, car, dans les plis de sa longue robe se cachent bien des mystères dont ils sont affamés, poussés par leur tempérament à toujours et encore s’améliorer.

Toutes les pièces sont en place, un nouveau fait divers vient de surgir, chacun à son tour va jouer son rôle et que la Justice triomphe !

Fleur caressée

Allée sinueuse entre les brins d’herbe tondue
Pierres arrondies déposées comme des larmes
Au milieu coule la rivière des désirs défendus
Ondule tes pas, laisse éclater ton charme.

Rebord accueillant d’une fontaine de marbre blanc
Tes hanches doucement se glissent sur la pierre
Fraîcheur d’un crépuscule hors du temps
Ondule tes doigts, laisse éclater ta prière.

Liane de lierre entrelaçant les tiges du bouquet
Jupe évasée dénudant le galbe d’un mollet
Chaleur de la vie émanant de cette fleur déposée
Ondule ton poignet, laisse éclater ton intensité.

Soleil des hommes et des divinités anciennes
Rayon de ta couronne de lumière s’échappant
Eclairant de douceur cette femme qui est tienne
Ondule ton cœur, laisse éclater tes sentiments.

Rempart aux mouettes

mouettes

Mouettes, descendantes de lointaines lignées qui avaient vues revenir les voiles carguées des navires corsaires annonçant moult réjouissances et festins, vous rasez aujourd’hui les têtes des curieux qui allongent leur pas sur les remparts de granit.

De vos cris poussés hauts et forts, vous masquez les plaintes des demeures de ces coureurs des mers lointaines à la recherche de trésors inouïs, éblouissants d’étrangetés.

A chaque miles parcouru, chaque pièce prenait une valeur bien supérieure à sa simple valeur marchande. S’y ajoutaient la sueur des marins qui ruisselait sur leurs peaux tannées par le soleil, les rides de leurs visages burinés par les alizés, les muscles saillants sous l’effort pour carguer les voiles ou les affaler sous les assauts de la tempête, le sang de leurs mains crevassées par les orins salés, les corps cousus dans les toiles et rendus à la mer après les affrontements pour ces richesses convoitées et conquises après maintes tractations.

Des petits carreaux de chaque fenêtre ornant ces façades lissées sans relâche par les embruns, des chiens assis découpant les toits d’ardoises de multiples ouvertures, des lourdes portes de chênes frappées irrégulièrement par les marteaux en laitons décorés aux armoiries de leurs habitants, les boiseries murmurent de folles aventures cachées dans les fils des tapisseries recouvrant les murs intérieurs et mettant en valeur les mobiliers aux bois précieux de rivages sauvages.

Des gorges de ces volatiles au plumage blanc et pur s’échappent les pleurs de ces épouses et mères attendant le retour de leur aimé, les menottes de leurs enfants blotties dans les leurs, progéniture masculine qui a son tour arpentera le pont d’un navire et suivra les routes maritimes de leurs ancêtres.

Savent-ils ces élèves de l’Ecole de la Marine marchande, picorant leurs frites contenues dans une poche en aluminium, tirant sur leur cigarette, affalés insouciants sur les marches de pierre sous le chaud soleil de cette fin de printemps qu’ils sont les descendants de preux et valeureux hommes qui parlaient à la mer de leur mère et de celle de leurs enfants quand la lune haute parmi les étoiles éclairait la hune comme un phare au milieu de l’océan ?

rempart aux mouettes

La Sirène


Ce texte retrace à sa manière un bout de ma vie et donc un bout de mon âme.

En des temps anciens, une sirène aux yeux couleur de l’océan, à la chevelure épaisse, tombante sur les reins, ondulée comme l’onde, chantait avec le vent, assise sur son rocher.

Nombre de pêcheurs auraient aimé se perdre dans son regard, mais ils ne le captaient jamais.

Pourtant, il y en eut un plus malin que les autres. Il profita d’un instant d’inattention, un instant de faiblesse, un instant de solitude. La sirène devenue femme, naïve par manque d’expérience, bercée par les fables de sa mère sur le beau prince charmant qui l’emmènerait en son château et réaliserait le conte jusqu’à la fin, fut aveuglée. Ils se marièrent et eurent deux enfants.

Mais le rêve pris brutalement fin. Elle coupa sa chevelure, de ses yeux jaillit l’océan, sa voix se brisa sur les récifs. Dans les profondeurs marines, elle se retira. Le monde des hommes, elle ne l’observait plus qu’au travers du filtre de sa douleur.

Dans sa grotte sous-marine, elle vit bien à l’abri. Avec le temps, les blessures se sont cicatrisées, elle se sent prête à remonter. La voici qui s’élance lentement vers la surface. Elle prend son temps tranquillement car désormais elle veut goûter pleinement chaque seconde de cette nouvelle vie qui se dessine à l’horizon. La voici qui se hisse sur son rocher, elle ramasse une perle brillante, la place dans son coeur, tourne son visage vers le soleil, ses yeux captent les rayons et la petite boule bien au chaud au fond d’elle-même se réchauffe.

Des marins de tous les horizons ont tenté de charmer la sirène, par leur voix, leurs mots, leurs regards. Mais, la sirène ne voulait plus être une chimère. Son instinct la poussait à descendre de son rocher, nager jusqu’au rivage et devenir enfin une femme pour toujours.

Un homme solitaire dans sa vie et dans son coeur se promenait sur le rivage, attiré par l’éclat des rayons de tendresse qui émanaient de la boule de bonheur qu’elle portait en son coeur, arrêta son regard. Ebloui, il préféra se brûler les yeux plutôt que de perdre une seule seconde ce spectacle qui emplissait son coeur et son âme d’une joie profonde.

Doucement, pour ne pas l’effrayer, de sa douce voix, il tente de la charmer. Mais elle se tient sur ses gardes, ne s’adresse à lui que par des messages. Il s’approcha au bord de l’eau et tendit vers elle son esprit. Le destin décidé à amener ses deux êtres sur le chemin du bonheur, dessina pour eux un scénario exceptionnel.

Car comment deux coeurs meurtris par la cruauté des autres pouvaient-ils accepter cette symbiose au-delà de la compréhension humaine ? Seule la spécificité de leur rencontre pouvaient leur faire admettre qu’enfin ils avaient trouvé leur avenir, qu’enfin ils gommeraient ensemble le mot « seul » pour le remplacer par le pronom « nous ».

La sirène est désormais une femme accompagnée chaque jour et chaque nuit par l’homme de sa vie. C’est une femme amoureuse, heureuse et comblée au-delà de tout.

Glamourissime

Assis à la terrasse d’un café devant mon habituel petit noir d’après déjeuner, je laisse mes yeux errer au hasard sur les immeubles aux pieds desquels de petits commerces aux enseignes diverses et variées vivent tant bien que mal. Les voitures glissent d’un platane à l’autre emmenant d’un point à un autre des inconnus pressés, stressés, sourcils froncés, visages inquiets, absents. Peu de sourires dans tout cela et rien pour égayer ma journée hormis ce rayon de soleil qui a enfin réussi à percer la couverture de nuages dont se paraît le ciel depuis l’aube.

Sons multiples, mélange agressifs de sonorités, disharmonie des consonances, mes oreilles tentent de repérer au milieu de cette jungle un tempo reposant, enjoué qui glisserait comme une cascade fraîche le long de mon dos et me ferait sentir vivant malgré les soucis et problèmes qui ne cessent de s’accumuler comme pour tout un chacun ces derniers temps.

Rien.

Vraiment rien.

Tout n’est que grisaille, mélancolie, train train. Aucun relief. Aucun éclat.

Je commence à me refermer au monde extérieur quand un claquement vif et alerte me fait redresser la tête, tendre le cou, orienter mon regard vers ce son très particulier qui résonne en moi. Mes yeux s’éclairent quand ils détaillent avec gourmandise une paire de talons vertigineux noirs vernis qui donnent un galbe félin à de jolies jambes gainées d’un doré ensoleillé. Poursuivant leur découverte, rythmée par une allure allant crescendo au fur et à mesure que l’écho se rapproche, ils s’arrêtent sur un balancement de hanches si féminin que tout mon corps en frémit.

Une chaleur intense s’empare de moi. Afin de réussir à garder un cap quelque peu raisonnable, je m’oblige à détacher mon regard de cette danse sensuelle et croyant retrouver mon calme dans ses yeux que je ne peux qu’imaginer aussi lointains que les autres qui m’entourent, je plante les miens dans les siens et me perds dans leur vivacité et leur profondeur, comme un marin se noie dans les abysses marins à la poursuite d’une chimère aquatique.

Un seul mot me vient à l’esprit pour la décrire : glamourissime … et puis, je me souris à moi-même : allons, ce qualificatif n’existe pas … les sirènes non plus … alors, est-ce un rêve ou la réalité ?

Escarpins

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